Réflexions sur la partie "démographie" de l'encyclique du pape François

 

1) Tout d'abord le paragraphe 50 où il en est question

« Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité. Les pressions internationales sur les pays en développement ne manquent pas, conditionnant des aides économiques à certaines politiques de “santé reproductive”. Mais « s’il est vrai que la répartition inégale de la population et des ressources disponibles crée des obstacles au développement et à l’utilisation durable de l’environnement, il faut reconnaître que la croissance démographique est pleinement compatible avec un développement intégral et solidaire ». Accuser l’augmentation de la population et non le consumérisme extrême et sélectif de certains est une façon de ne pas affronter les problèmes.

On prétend légitimer ainsi le modèle de distribution actuel où une minorité se croit le droit de consommer dans une proportion qu’il serait impossible de généraliser, parce que la planète ne pourrait même pas contenir les déchets d’une telle consommation. En outre, nous savons qu’on gaspille approximativement un tiers des aliments qui sont produits, et « que lorsque l’on jette de la nourriture, c’est comme si l’on volait la nourriture à la table du pauvre ». De toute façon, il est certain qu’il faut prêter attention au déséquilibre de la distribution de la population sur le territoire, tant au niveau national qu’au niveau global, parce que l’augmentation de la consommation conduirait à des situations régionales complexes, à cause des combinaisons de problèmes liés à la pollution environnementale, au transport, au traitement des déchets, à la perte de ressources et à la qualité de vie, entre autres

 

Pape François
 

2) Ensuite l'avis de Odon Vallet répondant à une question du magazine Terra Eco

Ce texte aurait-il pu aller plus loin ?

« Le pape raisonne sur nos modes de consommation, et non sur le nombre d’êtres humains qui consomment. Le gros reproche qu’on peut faire à l’Église, et pas uniquement catholique, c’est de sous-estimer le problème démographique. Pour le Vatican, plus il y a de bébés, mieux c’est. Abraham voulait que ses descendants soient plus nombreux que les grains de sable. Toutes les religions se basent sur des textes écrits il y a 1500, 2000, 2500 ans, à une époque où les hommes étaient si peu nombreux que la moindre épidémie pouvait faire périr l’humanité. Dans ces circonstances il fallait faire des enfants pour assurer sa survie. Aujourd’hui, la situation s’est renversée, nous sommes sept fois plus nombreux qu’il y a 200 ans, 70 fois plus nombreux qu’à l’époque de Jésus.

Le seconde limite de cette encyclique, c’est l’accent mis sur la responsabilité des pays aisés. En s’attaquant aux pays développés, le pape semble oublier que les pays pauvres ont aussi une responsabilité. Cette lecture de l’enjeu climatique revient à faire comme si les centrales à charbon en Chine, les mégalopoles qui naissent en Afrique ou la culture sur brûlis n’existaient pas

 

Odon Vallet 

 

3) Puis celui de Hubert Reeves dans son "Billet de bonne humeur" sur Le Point

« Le pape ne s'est pas aventuré sur la question de la surpopulation. On peut regretter qu'il n’ait pas abordé également la question de la croissance démographique et de la surpopulation - un des principaux problèmes en relation avec l’avenir de la vie sur la terre - et son pendant : le contrôle des naissances.»

Hubert Reeves 

 

4) Et enfin, celui de Robert Walker Président de l'organisation américaine Population Institute (traduction d’Élisabeth Bouchet)

The Papal Encyclical : Taking Umbrage  (L'encyclique papale : une certaine gêne)

Je n'ai jamais rencontré le pape François, aussi je ne considère pas qu’elle s’adresse personnellement à moi, mais lorsque j’ai lu l’encyclique, longtemps attendue, sur le changement climatique et l’environnement, je confesse avoir éprouvé une certaine gêne. Alors que j’applaudissais de tout cœur à son appel à l’action pour le changement climatique, j’ai été frappé, et cette fois personnellement, en  voyant qu’il écrit que « Au lieu de résoudre les problèmes des pauvres et de penser à un monde différent, certains se contentent seulement de proposer une réduction de la natalité».

Humm. Je suis sûr qu’il en y a « qui ne proposent qu’une réduction de la natalité », mais parmi les propositions sérieuses de planification familiale, je ne connais pas quelqu’un qui puisse croire que les défis posés par  la faim chronique et par l’extrême pauvreté puissent être résolus par les seuls contraceptifs. Au contraire, ils croient, comme moi, qu’un accès amélioré  à la contraception puisse faire partie intégrante, -mais  essentielle - d’un effort plus large d’amélioration de la santé et du bien-être dans les pays en développement.

Plutôt que de reconnaître que l’accès plus étendu aux moyens de contraception puisse améliorer les vies des femmes et de leurs familles dans les pays en développement, l’encyclique du pape insiste sur le fait que « la croissance démographique est totalement compatible avec un développement total et partagé ». Totalement compatible ? Les chefs de l’Église de Rome pourraient tirer bénéfice  de la lecture du rapport que mon organisation « Population Institute » a publié cette semaine. Ce rapport est intitulé « Vulnérabilité démographique : là où la population s’accroit se posent les plus grands défis ». Le rapport identifie et classe 20 nations qui font face aux plus grands défis démographiques en relation avec la faim,  la dégradation de l’environnement et l’instabilité politique. Les 10 pays en tête de ce classement sont le Soudan du Sud, la Somalie, le Niger, le Burundi, l’Erythrée, le Tchad, la République Démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Yémen et le Soudan.

Le rapport explique comment les projections de croissance démographique posent un énorme défi pour ces pays. Ils sont sans exception en train de se battre contre vents et marées afin de soulager la faim et d’éliminer la très grande pauvreté. Des progrès significatifs ont été faits dans la réduction globale de la faim mais la plupart des gains ont été obtenus dans des pays où la fertilité est relativement basse. Là où la fertilité reste élevée, la bataille contre la faim est loin d’être gagnée. Dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants sous-alimentés est actuellement en augmentation, comme l’est la population.

Le Population Reference Bureau projette que la population du Burundi, (pays qui est dans la tête du classement  du GHI (IFPRI 2014 Global Hunger - index global de la  faim-) augmentera de 154 % d’ici à 2050. La population du Sud Soudan (qui est classée très haut en ce qui concerne la faim) est appelée à augmenter de 236 % d’ici à 2050. Et encore, ces projections font-elles le pari que la fécondité va poursuivre son déclin historique.

De même, tandis que nous avons fait de grands progrès dans la réduction de la pauvreté extrême, particulièrement dans les économies émergentes, les progrès ont été longs dans les pays où la natalité demeure élevée.

La population du Niger, qui se classe n°1 dans l’index multidimensionnel de la pauvreté des Nations Unies 2014, est en passe d’augmenter de 274 % au cours des 35 prochaines années. La population du Mali, qui est 4ème dans le classement de la pauvreté, va augmenter de 187 %.
Un accès plus étendu aux contraceptifs, seul, ne pourra pas répondre de façon adéquate aux défis que ces pays vont rencontrer. A peine.  Même avec une augmentation relativement conséquente de l’usage de la contraception correspondant à un déclin de la fécondité, les populations de ces pays vont continuer à croître pendant les décennies à venir.

Comme il a été souligné dans le rapport de Population Institute, un accès élargi à la contraception doit être accompagné par des investissements dans l’éducation des filles et l’autonomisation des femmes. Il faut limiter les pratiques de mariages d’enfants, qui sont toujours d’actualité dans de nombreuses parties du monde, et les USA ainsi que les autres pays donateurs doivent développer l’assistance agricole. Dans les pays en stress hydrique, les investissements pour la protection l’eau et dans les infrastructures sont nécessaires de manière urgente. Dans les pays en développement qui sont gravement déforestés, comme Haïti, il y  a nécessité d’une aide en faveur de  la reforestation. Dans les pays à faible gouvernance et où la corruption est largement étendue, la société civile doit être renforcée.

L’encyclique papale souligne que l’on doit lutter contre les inégalités économiques et contre le gaspillage alimentaire. Amen. Mais, s’il vous plait Votre Sainteté, faites en sorte que chaque femme dans le monde puisse être en mesure de décider par elle-même, hors de toute coercition, combien d’enfants elle aura et quand elle les aura.

Le choix de se reproduire n’est pas seulement un impératif moral, c’est aussi un impératif pour l’humanité. Sans l’accès étendu aux méthodes modernes de contraception, les taux de mortalité des enfants et des femmes dans les pays en développement resteront à  un niveau inacceptable et de nombreuses femmes et leurs familles ne sortiront jamais à la pauvreté.

Robert Walker 

 

5) Rappelons néanmoins que le pape François est loin d'être pour une natalité débridée puisqu'il avait déclaré (le 20 janvier 2015) à son retour des Philippines la chose suivante :  « certains croient que pour être de bons catholiques ils doivent se comporter comme des lapins.»

 

6) Notons que les positions de l’église en matière de protection de la nature seront de nouveau évoquées lors des Assises Chrétiennes de l’Écologie qui se tiendront les 28, 29 et 30 août prochains à Saint-Étienne. A cette occasion, Madame Anne-Marie Teysseire, représentante du mouvement Démographie Responsable, évoquera la pression que font peser sur la nature nos effectifs toujours croissants ainsi que le tabou, encore une fois renouvelé, qui frappe le sujet.

 

 

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