Suisse : 2 tribunes à propos de la votation Ecopop

(30/10/2014)

 

Dominique Bourg, professeur d'écologie et vice-président de la Fondation Nicolas Hulot, reconnait dans un premier temps qu'Ecopop a raison de défendre qu’il y a surpopulation sur Terre : « Quiconque s’est retrouvé coincé dans les embouteillages aux abords de Lausanne ou de Genève, dans un train bondé aux heures de pointe, sur une plage bruyante et malodorante, éprouvera quelque empathie pour l’initiative Ecopop ». Au-delà de ce simple (mais salutaire) ressenti, Mr Bourg étaye son raisonnement par de multiples arguments, dont : « Comment, par exemple, diviser par quatre les émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici à 2050, alors même que nous compterons 2 milliards et demi d’êtres humains supplémentaires ? » ou encore « La production mondiale de céréales croît déjà moins vite que la population (depuis 1985), alors que, selon la FAO, nous devrons augmenter la production agricole de 70% d’ici à 2050 ».

 

 Gare de Zurich (22-04-2011)

 

 

Il relativise néanmoins l'impact de la croissance démographique sur le phénomène des émissions en écrivant ceci : « selon l’historien américain John McNeill, la responsabilité de la démographie s’élève à moins de 25%. Tout simplement parce qu’elles sont essentiellement imputables à la croissance et aux flux d’énergie et de matière. Alors que la population a augmenté d’un facteur 3,3 de 1890 à 1990, les émissions de dioxyde de carbone ont quant à elles crû d’un facteur 17. Et ce en raison des modes de vie d’une minorité de la population mondiale, celle résidant dans les pays industriels ».

Sans remettre en cause cette évaluation, il faut néanmoins noter tout d'abord  qu'au niveau individuel, les émissions n'ont cru "que" de 5,15 fois (17 divisé par 3,3), ensuite que ce calcul prend en compte les augmentations mondiales, que ce soit celle de la population ou celle des émissions. Or, le fait de s'intéresser aux moyennes a tendance à gommer l'impact de l'augmentation de la population des pays dits "riches". En effet, si l'on se contente par exemple des États-Unis (deuxième pollueur mondial derrière la Chine), dans l'intervalle de temps cité, la population y est passée de 63 millions à 249 millions, soit quasiment une multiplication par quatre. Sans faire référence au niveau passé et actuel des émissions de CO2, si la population des USA était restée stable, ses émissions seraient (en première analyse) quatre fois plus faibles (1). Or comme ce pays est le plus "pollueur" par habitant (hormis les micro-états du Golfe), on voit bien que le facteur population a joué dans le passé un rôle primordial, et en tout cas plus finalement plus important que celui envisagé par John McNeil2100l... D'ailleurs, pour l'avenir, la population des USA, qui est aujourd'hui de 325 millions d'habitants, devrait passer à 462 millions en , soit 42% en plus, et donc, si rien n'était fait pour diminuer ses rejets de GES, ceux-ci pourraient encore augmenter du même pourcentage du simple fait de l'augmentation de la population...

En définitive, Mr Bourg s'oppose finalement à cette votation car « le solde démographique positif de la Suisse est dû à la seule immigration, et pour l’essentiel en provenance des pays voisins ». Or, s'il est vrai qu'au niveau global le nombre de personnes présentes sur la planète sera le même qu'elles naissent à l'extérieur ou à l'intérieur de la Suisse, le fait qu'elles viennent s'y installer fera néanmoins mécaniquement augmenter l'empreinte globale et plus particulièrement l'empreinte carbone de la Suisse qui sont déjà, au niveau individuel, parmi les plus importantes au monde (2). Les efforts à réaliser par les habitants pour faire baisser l'empreinte globale de leur pays seront donc plus importants, pourquoi pas d'ailleurs, mais il est important de le leur faire savoir.

Il n'est pas question dans cette tribune du second volet de la votation d'Ecopop, à savoir de l'affectation de 10% de l'aide au développement de la Suisse à la Planification Familiale, qui est du point de vue de notre association Démographie Responsable, l'aspect le plus intéressant de cette initiative et qui nous conduit à y être favorables.

Etienne Piguet, géographe, reconnait que l’initiative Ecopop « pose quelques bonnes questions et qu'elle nous place brutalement devant nos responsabilités. A moins de mettre la tête dans le sable du climatoscepticisme, à moins de faire le pari risqué que les technologies suffiront seules à réduire les émissions de CO2 ». Sa référence à la faible évaluation de l'empreinte d'un immigré une fois installé dans le pays d'accueil n'est valable que pour la première génération. En effet, dans les pays occidentaux, lorsque l'ascenseur social fonctionne (ce qui n'est peut-être plus vraiment le cas en temps de crise), et bien un descendant d'immigré peut accéder à un niveau de vie ou même des responsabilités importants (notre ex-président en est la preuve). Mais au final, lui aussi n'est pas favorable à l'initiative.

Ce que l'on retiendra de ces tribunes, c'est que d'une part les deux intervenants ne nient pas l'intensité du problème et d'autre part le fait qu'un tel débat puisse avoir lieu en Suisse et malheureusement pas en France... Faut-il y voir le fait que la densité de population y est presque égale au double de la nôtre (voire quatre fois supérieure si l'on exclue du calcul les zones montagneuses inhabitables), ou encore l'effet des opportunités démocratiques supérieures chez nos voisins helvètes, ou enfin la simple constatation qu'une partie des écologistes suisses sont en avance sur leur collègues français ?

 

(1) En fait elles seraient sans doute un peu plus fortes car il y aurait eu moins de contraintes énergétiques et environnementales et l'on peut supposer que les efforts pour augmenter l'efficacité énergétique et contenir la consommation auraient été moins importants.

(2) Pour 2011, la Suisse est le 9ème plus mauvais élève de la planète en terme de solde écologique, puisque son empreinte écologique individuelle est de 5,0 hag et que sa biocapacité est de 1,2 hag : la Suisse aurait actuellement besoin de quatre fois (5,0/1,2) son territoire pour faire vivre ses habitants de façon pérenne...

 

 

 

 

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