Retraites : la solution n'est pas du côté de la natalité
 

 

La démographie se trouve bien sûr en filigrane de l’actuel débat sur les retraites. Tous les gestionnaires des comptes sociaux (retraites et assurances santé) ont les yeux rivés sur l’évolution prévisible du ratio actifs / inactifs et sur l’inéluctable augmentation de la proportion de personnes âgées.

Dans le cadre de ce débat, le vieillissement de la population constitue un thème récurrent. La population française va vieillir et cela semble effrayer tout le monde.

Avant de nous en alarmer, prenons le temps de nous en réjouir, le vieillissement d’une population c’est quand même, avant tout, le constat d’un double succès.

En premier lieu, cela signifie que nous vivons plus longtemps (et même beaucoup plus longtemps) : l’espérance de vie a presque doublé en un siècle et aujourd’hui encore, tous les ans c’est presque trois mois d’espérance de vie qui sont gagnés (un peu comme si en un an, nous ne nous rapprochions de notre mort que de 9 mois !)

En second lieu, cela confirme aussi que nous avons achevé la transition démographique et que la pyramide des âges a cessé de s’élargir à sa base.

Bien, ce petit réconfort passé, ne cachons pas qu’en effet un problème d’équilibre financier va se poser et qu’on ne pourra pas, à taux de cotisation constant, continuer à fournir autant aux retraités s’ils sont, et ils le seront, significativement plus nombreux (en termes absolus comme en termes relatifs).


A ceux qui s’inquiètent de ce problème et prôneraient une relance de la natalité, on peut opposer de nombreux arguments:

1 - Relancer la natalité c’est évidemment s’engager vers une augmentation de la population, or l’INSEE vient de publier des projections sur l’avenir de la démographie française. Selon l’hypothèse moyenne, la France compterait 73,6 millions d’habitants en 2060 soit environ 10 millions de plus qu’aujourd’hui. Cela signifie plusieurs millions de logements, tout autant d’automobiles et de parkings afférents, une consommation quotidienne de matières premières, d’énergie et de produits alimentaires au prorata. Cela ira-t-il dans le sens d’une meilleure protection de la nature ? Où seront prises les surfaces nécessaires sinon sur ce qui reste de libre?

Une telle évolution se traduira par une pression accrue sur l’environnement. Rappelons que dans un monde détruit, l’équilibre des lignes de compte relèvera de la plaisanterie. La priorité aujourd’hui consiste à garder la Terre vivable et, pour cela, la population doit absolument se stabiliser puis diminuer.

2 -  Il faut ensuite remarquer que de toute façon ce problème d’équilibre est inhérent à toute phase de stabilisation. La seule façon d’y échapper serait justement de renoncer à la stabilisation en faisant que chaque génération soit plus nombreuse que la précédente. On voit bien dans quelle course folle cela nous entraînerait. Le problème se poserait plus tard mais à une échelle autrement plus grande. Cela reviendrait à rembourser un emprunt en en souscrivant un autre, plus lourd encore, mais que nous trouverions séduisant simplement du fait de son échéance plus lointaine. La stabilisation est inéluctable, le déséquilibre passager aussi, autant qu'il ait lieu le plus tôt et à un niveau plus raisonnable.

Une fois la population stabilisée, le pourcentage de personne ayant plus d’un certain nombre d’années reste stable lui aussi. C’est sur cette base que doivent s’opérer les équilibres, et non sur une fuite en avant. Cela, admettons-le, supposera d’une façon ou d’une autre des transferts moins importants de la part de la population active vers la population inactive (au sens économique).

3 -  Le ratio actifs / inactifs n’évolue pas uniquement du seul fait du nombre de personnes âgées. Dans, un premier temps une baisse de la natalité se traduit par une baisse de la part inactive de la population à l’autre extrémité de la pyramide, c’est à dire du côté des plus jeunes. On peut ainsi , et dans une certaine mesure, supprimer et compenser le surcoût lié aux personnes âgées par une baisse des dépenses d’éducation. Cette idée peut choquer; toutefois il ne faut pas se voiler les yeux, la société ne pourra pas, un siècle durant, augmenter continûment la part de ses richesses qu’elle consacre à l’éducation, 100 % du PIB ne peut y être affecté ! Reconnaissons toutefois que ce type de compensation ne sera que partielle, si les jeunes coûtent en terme de formation ils ne touchent pas de pensions (sauf les bourses d’études, mais cela ne représente pas des sommes équivalentes).

4 - Aujourd’hui, une grande majorité des gens en âge de travailler le font effectivement ou sont au chômage. La famille "classique" ou l’un des deux parents (l’homme en général) travaillait tandis que l’autre s’occupait de l’intendance du foyer est en voie de disparition, il n’y a donc plus guère de cotisants supplémentaires à attendre de ce côté (alors que l’augmentation de la richesse mesurée en terme de PIB a largement bénéficié de cette généralisation du travail des deux conjoints au cours des 50 dernières années).

Par contre cela fait maintenant presque 40 ans que les économies des pays développés connaissent un fort chômage structurel. Aujourd’hui il approche fréquemment 10 % de la population active et on constate bien (par l’échec) la difficulté à le faire baisser. Un ralentissement de la natalité permettrait, quelques années plus tard, de réduire la concurrence au moment de l’entrée dans le monde du travail et de limiter la proportion de chômeurs. Une baisse du nombre de naissances ne conduirait donc pas à une baisse des cotisations contrairement à ce que prétendent les natalistes en agitant l'épouvantail du « qui va payer nos retraites? ». A quoi servent du point de vue des équilibres comptables de nombreux cotisants potentiels si, dans les faits, ils sont sans travail ?
 
Remarquons qu’à l’inverse, une hausse de la natalité obligera dans quelques années la société à offrir encore plus d’emplois et en cas d’échec mènera en réalité à une hausse du chômage et non pas à une augmentation du nombre de cotisants pour les retraites. Au contraire même, cela conduira à un déséquilibre des budgets sociaux puisque d’une façon ou d'une autre, ces chômeurs devront être indemnisés.

Bref ne tombons pas dans le piège de la fuite en avant et rappelons à tous ceux qui ne jurent que par « plus de jeunes », que l’homme vieillit et que plus de jeunes demain c’est inéluctablement plus de vieux après demain et qu’eux aussi auront le droit de vivre dignement. A ce propos il faut redouter les catastrophes humanitaires que provoquera l’arrivée à des âges avancés de l’immense population (encore jeune aujourd’hui) des pays en voie de développement lorsque inévitablement pour de simples raisons d’espace et de ressources finis, la population se stabilisera. Quand l’Afrique aura deux milliards d’habitants, qui nourrira ses très nombreuses personnes âgées ?

Une nouvelle fois, l’humanisme comme la raison économique ne se situent pas du côté d’une expansion infinie mais du côté d’un équilibre à un niveau plus modeste.
 
 
Didier Barthès 
 
 
 

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