France Culture - Répliques - Ecologie & Démographie

 

Script d'une partie de l'émission du samedi 30 janvier 2015, présentée par Alain Finkielkraut et dont les deux invités étaient Catherine Larrère et Michel Deguy, et où il a été question de démographie à 36'30".

 

 

Catherine Larrère : A quels enfants allons-nous laisser le monde ? Je pense aux résultats de la politique démographique en Chine, qui a fait que c'est une population vieillissante, dans laquelle il n'y a plus que des enfants uniques, des enfants gâtés, et on peut se demander dans quelle mesure la politique qui a voulu prévenir une augmentation démographique trop forte n'est pas en train de faire des enfants à qui il va être difficile de laisser le monde.

Michel Deguy : Lévi-Strauss avait estimé la bonne démographie terrestre humaine au XXIIIème siècle à quelques centaines de millions d'individus et donc que si les chinois ne sont qu'un milliard trois au lieu de deux milliards sept*, ça retarde un peu la multitude, le pullulement.

Alain Finkielkraut : Pour Lévi-Strauss, la question démographique, c'était la question écologique par excellence.

Michel Deguy : Ce pullulement des multitudes, ça veut dire les errances sous les tonnerres climatiques, ça veut dire les immigrés, les mouvements, au fond ça veut dire les identités perdues, il ne reste plus que des populations, plus des peuples, qui errent en cherchant leur identité, on les comprend, ils sont privés même d'un lieu. Donc on peut dire que la catastrophe de l'identité aujourd'hui a aussi cette forme de l'errance, qui ne sont plus des migrations comme on en connaissait, mais qui sont des errances projetées par des tsunamis ou des tyrans. Cette multitude grouillante qui chercherait à avoir une identité... Encore une fois, moi j'aggrave toujours les choses pour entrer dans la question de l'écologie.

Catherine Larrère : Entrer dans la question de l'écologie, c'est justement ne pas aggraver les choses. Sur la question de la démographie, le surgissement de la mondialisation écologique dans les années 1970, c'est la démographie. Ça a été aussi une façon d'accuser les populations du Sud d'être responsable des choses. Or, ce que montrent actuellement les démographes, ça va peut-être prendre un siècle (et un siècle c'est beaucoup), c'est que ça ne va pas continuer sans arrêt, on va sans doute alors rentrer dans quelque chose de totalement nouveau, c'est la première fois qu'on aura une démographie mondiale en baisse.

Michel Deguy : C'est comme le chômage de Hollande : ça va décroître...

Catherine Larrère : Je crois qu'on prend au sérieux les choses en ne tombant pas dans l'emphase. Pousser à la limite la catastrophe, c'est ne pas voir les problèmes tels qu'ils sont, c'est se poser en figure de prophète, dénonçant le malheur du monde. Il y en a suffisamment de malheurs, c'est pas la peine d'en rajouter encore.

Alain Finkielkraut : Vous ne pensez donc pas que l'expansion démographique est, comme le disait Claude Lévi-Strauss, le problème écologique par excellence ?

Catherine Larrère : C'est un des problèmes

Alain Finkielkraut : Il va y avoir 9 milliards d'habitants sur la Terre.

Catherine Larrère : On ira jusqu'à 10 milliards**, on ira sans doute pas plus loin.

Alain Finkielkraut : Est-ce que ça n'est pas déjà trop loin ?

Catherine Larrère : Faut faire avec, les agronomes disent qu'on peut les nourrir.

Michel Deguy : Ça ne sera plus des agronomes, mais des chimistes...

Catherine Larrère : Je rappelle que tous les humains ne pèsent pas du même poids écologique. S'il y a des limites à la démographie, on sait ce qu'il faut faire : donner la liberté aux femmes et les éduquer.

Alain Finkielkraut : Là-dessus on est d'accord.

Catherine Larrère : Le problème, c'est celui de la surconsommation d'un certain nombre de pays. Et donc la démographie n'est pas le seul problème.

Michel Deguy : Le simple souhait d'un niveau de vie moyen, normal, pour l'ensemble de la planète représente déjà une surconsommation.

 

* En fait, sans la politique de l'enfant unique, c'eut été ~1,8 milliards (+ 500 millions)

** 11,2 milliards en 2100 d'après les dernières projections de l'ONU (été 2015)

 

Commentaires archivés  

 

#3 Le Niger vient d'attendre les 20 millions d'habitants — 06-02-2016 17:19

C'est ce que nous apprennent les derniers chiffres de l'INED.

La croissance démographique du Niger est maintenant de presque 800 000 habitants par an.

Source

INED AFRIQUE - Afrique occidentale - 2016

http://www.ined.fr/fr/tout-savoir-population/chiffres/tous-les-pays-du-monde/?lst_continent=903&lst;_pays=914

 

#2 Malthus superstar — 05-02-2016 23:59

10 milliards de gens dépendant de l´agriculture industrielle pour survivre... quelle aubaine pour les grands capitaine d´industrie !

L´exploitation de l´homme par l´homme, c´est bien l´avenir. 

L´humain n´est il pas la plus grande des richesses ?

Et pas la peine d´envoyer des navires pour aller les chercher, les esclaves se rendent eux même sur le continent d´exploitation et paient même leur voyage,

C´est pas beau le progrès ?

 

#1 La difficulté à aborder le sujet — 02-02-2016 14:12

On sent, dans toutes les réponses de Madame Larrère une réticence à admettre clairement la démographie comme facteur déterminant. 

Ne pouvant en nier totalement l'importance, elle noie systématiquement ce facteur parmi les autres. 

Elle évoque le problème alimentaire sans évoquer celui de la préservation des autres espèces animales. On voit bien pourquoi. C'est qu'on trouvera peut-être des solutions pour nourrir (mal certes, mais nourrir quand même) plusieurs milliards d'hommes, mais certainement jamais de solution pour faire cohabiter durablement de tels effectifs avec le reste du monde vivant. 

Mettre la nature au premier rang des préoccupations c'est de facto mettre en cause notre démographie, et cela, Madame Larrère comme beaucoup d'autres écologistes de renom, n'ose pas s'y risquer. 

Il est vrai que c'est s'exposer à recevoir les foudres de la bien-pensance. 

 

 

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