Nicolas Hulot & la Démographie

 

Lors de la conférence téléphonique organisée le 15 décembre 2010 pour commémorer les 20 ans de sa Fondation, Nicolas Hulot a répondu à plusieurs questions, dont une concernant le sujet de la démographie mondiale. Voici le script de l'échange :

L’animateur

Il y a pas mal de questions sur la problématique de la démographie. On va prendre la question de Monsieur Didier Barthès, qui voudrait savoir comment la Fondation prend en compte ou pas la démographie.

Didier Barthès

Je suis heureux de pouvoir évoquer cette question parce que au cours du XXème siècle, l’humanité a multiplié ses effectifs par quatre ! Là nous sommes 7 milliards et nous serons 9,5 milliards en 2050, on dit que ce sera ça mais on est pas bien certain, c’est quelque chose qui m’effraie beaucoup. Tous les efforts que vous demandez à juste raison seront un jour grignotés, pour ne pas dire mangés, par l’augmentation du nombre. On insiste beaucoup sur le mode de vie, sur la consommation, c’est tout à fait exact bien entendu. Je pense aussi qu’il est essentiel que nous puissions, petit à petit, réduire notre poids démographique. Je milite dans une association, Démographie Responsable, où on essaie de faire partager ce point de vue. Je peux vous dire et c’est tout à fait extraordinaire, que les gens en sont tout à fait conscients et malheureusement, il n’y a aucun relais, que ce soit dans les partis politiques, que ce soit dans les mouvements écologistes. Alors j’aimerais connaître votre avis parce que il y a longtemps ce sujet m’intéresse, j’aimerais connaître votre avis et celui de la Fondation Nicolas Hulot qui sur tous les autres plans milite dans le sens qui me semble le bon.

Nicolas Hulot

Sur la démographie, on s’est beaucoup interrogé ici sur ce sujet là, car c’est évidemment un sujet central, qui est un sujet très délicat. Pourquoi c’est un sujet délicat, parce que si en creux de ces questions là, ça veut dire qu’il faut remettre en cause ce que je considère comme étant la liberté fondamentale des citoyens ou des individus qui est celle de procréer, je pense que ça voudra dire que notre société aura échoué. En d’autres termes, si ça veut dire qu’il faut par toutes sortes de moyens contraindre les individus à avoir un nombre limité d’enfants, je pense que ça sera un échec patent.

D.B.

Ça n’est pas ce pour quoi je milite.

N.H.

Non ! Non ! J’entends bien, je n’ai pas entendu cela en vous, mais je sais que ça fait partie des choses qui peuvent être évoquées dans les discussions. Je pense que cette liberté doit être protégée à tout prix, ce qui n’exclue pas évidemment tous les efforts qui doivent être faits, notamment dans l’éducation, notamment dans le planning familial et je dis cela notamment à un moment où les États-Unis avaient retiré leurs subventions pour l’aide au planning international, ce qui à mon avis est assez désastreux en terme de conséquence.

Mais une fois qu’on a dit cela, ce que nous disent les démographes, récemment encore si j’en crois leurs propos, c’est que quoi qu’on fasse de toute façon, comme les géniteurs sont parmi nous, pardon d’employer cette expression, de toutes façon il y a ne tendance qui va se poursuivre jusqu’en 2050 et d’après leurs projections, on va se stabiliser vers 9 milliards d’habitants sur Terre, on n’ira probablement pas au-delà d’après ce qu’ils nous disent.

D.B.

Tout le monde n’est pas du même avis.

N.H.

En tous cas, j’ai essayé de ma faire une opinion là-dessus, quoi qu’on fasse on va aller vers ça, donc il faut raisonner avec ça. La deuxième chose que nous disent les démographes est intéressante : c’est quand on veut réduire le taux de natalité ou agir sur la courbe démographique, le meilleur moyen c’est de faire en sorte que les pays émergents et à fortiori les pays que l’on dit moins développés et bien il faut les doper économiquement, parce qu’il y a une corrélation : quand un pays commence à s’en sortir économiquement, on s’aperçoit que la courbe démographique fléchit. Donc en d’autres termes, si on veut les aider, on peut les aider doublement. Effectivement il faut faire en sorte que ces pays, économiquement, sortent la tête de l’eau, la première conséquence c’est que la courbe démographique se réduit. Une fois qu’on a dit cela, et pardon d’être un peu long mais c’est un sujet important, mais mon sentiment et ma conviction, c’est que la démographie il ne faut pas l’ignorer, mais ce qu’il faut surtout combattre le plus rapidement possible, c’est tout ce que j’appelle les incroyables gisements de gâchis, les prélèvements indus sur nos ressources qui ne participent en aucun cas au bien-être des citoyens.

Et ça , je pourrais vous en citer dans le domaine de l’énergie, dans le domaine des prélèvements des ressources naturelles, dans le domaine de la production halieutique, dans le domaine de l’utilisation de l’eau. Je vais prendre 3 exemples très rapides. Quand vous voyez que dans certaines méthodes de pêche on remet 50% des prises à l’eau parce qu’elles ne sont pas conformes à la commande ou à la réglementation, voilà du gâchis. Quand vous voyez que l’agriculture utilise parfois 60% de la consommation de l’eau planétaire alors que seulement 4% ou 5% de cette eau serait nécessaire à la croissance des plantes : ça c’est inacceptable? Quand vous voyez, pour prendre un exemple totalement anecdotique : on va pêcher des langoustes en Écosse, on va les envoyer décortiquer en Thaïlande et revenir les mettre sur le marché en Écosse : voilà ce que j’appelle des flux totalement inacceptables aujourd’hui. Et quand vous voyez qu’on continue à construire des véhicules qui peuvent toujours rouler à 200 km/h, alors que la réalité énergétique et la pénurie annoncée de pétrole devrait au moins par la norme, contraindre les producteurs à ne fabriquer que des véhicules qui n’émettent pas plus de 80g de CO2 et qui ne consomment pas plus de 3 ou 4 litres d’essence et on pourrait lister ça pendant des heures. Quand on aura fait ce travail là, on reviendra vers les problèmes démographiques.

D.B.

Tout ne se réduit pas à la consommation, parce que par exemple pour la protection des espèces animales, même tous pauvres, même tous frugaux, même en faisant tous très attention nous risquons par notre présence même de prendre leur place. Est-ce que vous pensez qu’on pourra protéger toutes les espèces animales, et en particulier la méga faune, dans un monde à 9 milliards d’habitants, même si on fait tous attention ? Voilà ce qui m’inquiète.

N.H.

Vous avez raison, parce que les animaux, la biodiversité, il suffit pas de les protéger dans des réserves ou dans des zoos : il leur faut de l’espace. Et vous remarquerez, par exemple, que si les forêts tropicales disparaissent comme peau de chagrin et souvent pour nos besoins énergétiques aussi, ou nos faux besoins alimentaires parce qu’on dévaste la forêt amazonienne pour fabriquer du soja pour le bétail européen, je me dis qu’on marche sur la tête, alors qu’on serait capables de fabriquer chez nous les protéagineux aussi bien qu’au Brésil.

D.B.

Merci Monsieur Hulot

 

 

 

 

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