Belgique : la croissance démographique de Bruxelles en question
 
 
Un débat fort intéressant vient d'avoir lieu en Belgique, comme en attestent de nombreux articles de la presse de ce pays, dont les deux parus le 1er octobre sur le quotidien Le Soir et reproduits ci-dessous.
 
 
 
Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Freddy Thielemans (PS) estime que le thème de la limitation des naissances devait pouvoir être abordé dans le cadre de la lutte contre la surpopulation. En dix ans, la population des dix-neuf communes a crû de 16,6 %.
 
Depuis quelques années, Bruxelles est confrontée à un boom démographique spectaculaire. En dix ans, la population des dix-neuf communes a crû de 16,6 %. Entre 2000 et 2020, Bruxelles devrait gagner 250.000 habitants ! L’effet conjugué, on le sait, d’un taux de natalité supérieur à la moyenne belge et des flux migratoires. Ainsi, en 2010, les registres de population ont enregistré 18.612 naissances (pour 9.433 décès), ainsi que 46.949 nouveaux migrants, contre seulement 17.543 départs, soit un solde très largement positif (29.406 migrants). Faut-il rappeler que, dans les années 80 et 90, la Région bruxelloise était confrontée à un exode urbain, non compensé par les migrations et la natalité ? L’une des préoccupations principales était alors de maintenir des habitants sur les 160 kilomètres carrés de territoire bruxellois. Aujourd’hui, cette nécessité de convaincre les classes moyennes de rester en ville est toujours d’actualité. Mais elle a cédé la priorité à la nécessité d’absorber le boom démographique – que personne n’avait vu venir ! On entend par là : construire, et vite, crèches, écoles et logements, acheter bus et trams…
 
Lors d’un débat en Flandre, Freddy Thielmans a estimé que le thème de la limitation des naissances devait pouvoir être abordé dans le cadre de la lutte contre la surpopulation. Son porte-parole Nicolas Dassonville a précisé que cette annonce n’était liée à aucun projet ou programme et ne relevait pas non plus de la compétence de la commune. « Mais c’est un fait : nous avons, à Bruxelles, beaucoup de familles nombreuses comptant sept ou huit enfants. Elles demandent un appartement social, mais ces appartements n’existent habituellement pas ». Freddy Thielemans a par ailleurs souligné qu’il ne visait aucune communauté ou religion en particulier. « Ce problème, vous le trouverez aussi bien dans les familles musulmanes que dans les familles juives, et même parmi les chrétiens ». Le taux de natalité a connu sa plus forte hausse en Région bruxelloise. En 2011, on y dénombrait plus de 1,1 million d’habitants. D’ici 2060, ils devraient être 1,5 million.
 
Densité forte
 
En filigrane de ces urgences se pose, plus que jamais, la question de la densité urbaine. Avec 6.934 habitants, en moyenne, par km², la Région bruxelloise explose la moyenne nationale (358,7 habitants/km²) ; à titre de comparaison, Liège est à 2.774 habitants/km² et Charleroi à 1.985. Mais, surtout, ce chiffre global masque d’énormes disparités géographiques : on passe de 1.876 habitants/km² à Watermael-Boitsfort à 23.057 habitants/km² à Saint-Josse ! Or, ce déséquilibre flagrant n’est pas près d’être corrigé. C’est que les « nouveaux habitants » (les migrants et une majorité de naissances, dans les familles allochtones) se concentrent principalement dans les quartiers déjà très peuplés. Ceux-là mêmes qui, à Molenbeek, Anderlecht ou Saint-Josse, sont les plus précarisés.
 
Paupérisation
 
C’est précisément dans cette zone que tous les indicateurs socio-économiques sont au rouge (très foncé). On sait que Bruxelles souffre d’un chômage endémique qui ne décolle pas de la barre des 20 %. Mais, là aussi, la moyenne cache de profondes inégalités. Woluwe-Saint-Pierre compte 10,1 % de chômeurs au sein de sa population, Saint-Josse, 30,7 %. Beaucoup plus grave, le chômage des jeunes (moins de 25 ans) : 32,9 % dans la Région mais 40,9 % à Molenbeek ! Plus d’un quart des jeunes Bruxellois de moins de 18 ans vit dans un ménage sans emploi rémunéré. Sans surprise, c’est bien sûr dans les quartiers précarisés qu’on les retrouve, en immense majorité. Le problème ? Archiconnu : Bruxelles, troisième région d’Europe en termes de PIB, a une économie basée sur les services : le secteur tertiaire fournit 90 % des emplois. Comme à Londres ou Paris, plus de la moitié des postes (53 %) requièrent un diplôme de l’enseignement supérieur. Or, quatre Bruxellois sur dix de moins de 25 ans n’ont qu’un diplôme de l’enseignement secondaire inférieur. Cette inadéquation manifeste entre l’offre de travail, infraqualifiée, et la demande, supraqualifiée, explique que plus de la moitié des 696.000 emplois dans la capitale sont occupés par des navetteurs et que le chômage concerne, à Bruxelles, plus de 100.000 personnes.
 
Aurore Peignois, Véronique Lamquin
 
 
 
 
Freddy Thielemans veut pouvoir parler de la limitation des naissances à Bruxelles tout en « respectant les libertés individuelles et les choix de la famille. » Philippe Moureaux n’est pas favorable à ce débat. Il a répondu au bourgmestre.Le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Freddy Thielemans (PS) estime que le thème de la limitation des naissances devait pouvoir être abordé dans le cadre de la lutte contre la surpopulation. En dix ans, la population des dix-neuf communes a crû de 16,6 %. L’asphyxie menace Bruxelles, notre dossier dans Le Soir.
 
Interrogé sur les solutions à apporter pour résorber cette explosion démographique, Freddy Thielemans s’est vu demander si il était envisageable de limiter les naissances. Le bourgmestre PS de la Ville de Bruxelles a donc tenu à remettre ses propos en contexte : « Il est essentiel de respecter les libertés individuelles et le choix des familles, explique Freddy Thielemans. Il n’est donc pas question de faire une loi limitant les naissances de quelque manière que ce soit.» Le vrai débat réside dans la manière de répondre à l’explosion démographique en tenant compte des libertés individuelles afin de garantir à chaque enfant le droit d’être élevé et éduqué dans les meilleures conditions, explique un communiqué de presse du cabinet du bourgmestre.
 
« Je pense que les grandes villes ont vocation à accueillir tout le monde et à continuer à croître, poursuit Thielemans. Ma responsabilité est donc de réfléchir à la meilleure manière de gérer l’explosion démographique : éducation, logements, accès aux soins de santé, soutien à la parentalité, etc.» Freddy Thielemans a réaffirmé son attachement aux libertés individuelles et aux choix des familles.
 
Trop peu de logements sociaux pour les familles très nombreuses
 
Le taux de natalité a connu sa plus forte hausse en Région bruxelloise. En 2011, on y dénombrait plus de 1,1 million d’habitants. D’ici 2060, ils devraient être 1,5 million.Interrogé dans le cadre d’un débat citoyen jeudi dernier sur les questions de l’accès au logement et de la limitation des naissances, Freddy Thielemans a rappelé la situation bruxelloise, rapporte un communiqué officiel du cabinet du ministre. Face à une explosion démographique sans précédent, la Ville de Bruxelles a investi dans la construction de plus de 1.200 logements publics et de près de 1.000 places dans les crèches et dans les écoles. La prolongation et l’accélération de cette politique d’investissement figure d’ailleurs comme une des priorités du programme du PS pour les 6 années à venir. Si ces investissements permettent d’accueillir et de maintenir les familles sur le territoire de la Ville de Bruxelles, il reste par contre très difficile de trouver des logements pour les familles très nombreuses.
 
Moureaux : « Avoir un enfant est un droit qui ne se négocie pas »
 
« Dans une société libre avoir un enfant est un droit et une richesse qui ne se négocient pas ». Par ce tweet envoyé vers 9h ce lundi matin, Philippe Moureaux, bourgmestre de Molenbeek semble répondre à Freddy Thielemans. Lors d’un en Flandre, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles avait estimé que le thème de la limitation des naissances devait pouvoir être abordé dans le cadre de la lutte contre la surpopulation. Avec ce tweet, Philippe Moureaux a déjà rappelé aux pouvoirs publics qu’il n’était pas favorable à l’ouverture du débat.
 
Gil Durand, Polina Vorobieva
 
 
Suite aux déclarations de M. Freddy Thielemans, un député d'une autre formation politique, à savoir M.Vincent De Wolf (MR), propose la dégressivité des allocations familiales pour lutter contre la surpopulation : lire l'article sur Sudinfo.be
 
 

Pour aller plus loin

 
Comme il a été mentionné dans le premier article, la densité de population de la Belgique est voisine de 360 habitants/km², ce qui selon Wikipedia la place en 16ème position sur 192, c'est à dire dans le peloton de tête des pays à forte densité. Mais si l'on excepte les micros-états (cités ou îles) telles que Monaco, Singapour, Vatican, Malte, Maldives, Bahreïn, Barbade, Nauru, Maurice, Saint-Marin, Tuvalu, alors la Belgique se retrouve en 5ème position derrière le Bangladesh (1.083 hab/km²), la Corée du Sud (492 hab/km²), les Pays-Bas (395 hab/km²) et le Liban (368 hab/km²)... Pour mémoire, la densité de population de la France métropolitaine est de 115 hab/km² : avec la densité de la Belgique, il y aurait près de 200 millions de français...
 
On peut aussi analyser la question sous l'angle de l'empreinte écologique en se référant aux travaux du Global Footprint Network repris et complétés par l'organisation anglaise Population Matters. Dans un tableau reproduit ici, on verra que la Belgique a un taux de dépendance* de 81% et se retrouve en 14ème position sur 149 pays** : sur la base de ce classement écologique, et avec son "style de vie" actuel, sa population "soutenable" sur le long terme est donc seulement égale à 20% de son effectif actuel !
 
Pour l'avenir durable de ses concitoyens, l'intervention du maire de Bruxelles, même si elle ne concerne que "sa" capitale, est donc à marquer d'une pierre blanche, tout comme l'avait été celle du député Vert français Yves Cochet pour nos compatriotes en son temps. Espérons maintenant que d'autres Hommes politiques européens oseront briser le silence qui prévaut encore dans leurs rangs.
 
 
* Exprime dans quelle proportion un pays doit, pour assurer le niveau de vie de ses habitants, faire appel à l'extérieur et/ou puiser dans des ressources non-renouvelables.

 

** Ce classement ne concerne que les pays dont la population est supérieure à 1 million d'habitants.
 

 

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