Immigration : c'est l'horizon 2100 qui compte

 

Dans une tribune publiée le 24 septembre dernier, François Héran, titulaire de la chaire Migrations et Sociétés au Collège de France, exhorte les dirigeants du pays à "tenir sur l'immigration une parole de raison plutôt qu'un discours de peur".

Il ne s'agit pas ici de contester la finalité de cette tribune, ni les arguments avancés, ni les chiffres cités. Cependant nous souhaitons revenir sur la signification du dernier de ces chiffres. François Héran écrit "L'ensemble des nouveaux titres de séjour, réfugiés compris, augmente chaque année la population française de 0,4%". Dans l'esprit de l'auteur, il s'agit à n'en pas douter de mettre en lumière le caractère marginal de l'impact des migrations sur la population française : 0,4%, l’épaisseur du trait, pourrait-on penser.

Mais il existe une interprétation différente : si cette augmentation se répète chaque année jusqu'en 2100, cela fait un cumul de 32,2 %, soit 21,6 millions de personnes.

L'année 2100 est une référence qui devrait parler à tous, car il s'agit de la limite temporelle habituellement retenue pour les prévisions climatiques. A l'exception d'un petit nombre de personnes arcboutées dans le déni, personne ne conteste aujourd'hui le caractère majeur des risques environnementaux, qu'il s'agisse du réchauffement climatique ou des autres dégradations d'origine anthropique subies par la planète. Et personne ne peut contester l'impact du facteur démographique à cet égard. Mettre fin à la croissance démographique devient une question de survie pour l'humanité, et on peut craindre que même cela ne suffise pas.

La stabilisation de la population apparaît donc comme un impératif minimum pour toutes les nations. Il serait inimaginable que la France s'exonère de cette obligation collective, et nous devons retenir cette hypothèse d’un effectif plus ou moins constant pour notre pays.

Les régions du globe les plus impactées par les dégradations environnementales se trouvent, et se trouveront de plus en plus, en Asie et en Afrique subsaharienne. Au vu des difficultés qu'éprouvent les nations à se mettre accord pour réduire les sources du réchauffement climatique, il est vain d'imaginer que la pression migratoire issue de ces régions en direction de l'Europe pourrait diminuer dans les décennies qui viennent. Par conséquent retenir la stabilité du pourcentage de 0,4% par an semble une option prudente.

Bien évidemment, viser la stabilité démographique de la France tout en acceptant une augmentation de la population de 0,4% par an du fait de l’immigration suppose inévitablement une diminution quantitativement équivalente de la population française actuelle et donc une politique familiale différente afin d’orienter la fécondité à la baisse.

Est-ce faisable ? Très probablement. Est-ce souhaitable ? Ce que nous disons simplement, c'est que cette vision à moyen-long terme est un élément important de la réflexion, qu'elle concerne tous nos compatriotes, et qu'elle a vocation à faire partie du débat qui leur est proposé. De même ce débat devra logiquement s'élargir à la politique familiale de notre pays, et conduire à se demander si le caractère nataliste qui la marque actuellement devrait être maintenu.

 

Philippe Waldteufel & Jean-Loup Bertaux, membres du comité scientifique de Démographie Responsable

 

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