L'ambitieux plan égyptien

pour ralentir la croissance démographique

 

Comme les démographes et les politiciens affirment que la croissance démographique du pays continue de dépasser les ressources, le gouvernement égyptien vient d'engager cette semaine 100 millions de livres égyptiennes (5 millions d'euros) pour renforcer le programme de planification familiale appelé « Two is Enough », Deux [enfants] c’est assez.

 

surpopulation en Egypte

Le Caire : Quartier Al-Attaba

 

Le pays le plus peuplé du Moyen-Orient comptera environ 99 millions d'habitants d'ici la fin de l'année et, si la fécondité se maintenait au niveau actuel de 3,2 enfants par femme, il atteindrait 128 millions d'ici 2030.

Mais en juillet dernier, le Ministère de la Santé s'est fixé comme objectif de ralentir la croissance démographique en ramenant la fécondité à 2,4 enfants par femme, contenant ainsi la population à 112 millions à l’horizon  2030. Si l’on réussit à maintenir ce taux de fécondité de 2,4 cela conduirait à une certaine stabilité de la population ne laissant qu’une faible croissance résiduelle.

L'explosion démographique du pays - la population a presque doublé depuis 1985 - met à rude épreuve les ressources du pays et l'on craint que la croissance, conjuguée aux effets du changement climatique, ne paralyse les services de base au cours de la prochaine décennie et au-delà.

Si la population atteint 128 millions d'habitants, les Nations Unies estiment que l'Égypte aura besoin de 377.000 médecins et de 1,09 million d'enseignants supplémentaires pour atteindre l'objectif d'un professionnel pour 1.000 habitants. Le pays aura également besoin de dizaines de milliers d'emplois supplémentaires par an. L'augmentation de la population, ainsi que les problèmes liés au changement climatique, mettront à rude épreuve la production alimentaire et les ressources en eau.

« La question de la croissance démographique représente une menace réelle envers les efforts déployés par l'État pour mettre en œuvre des réformes économiques et sociales qui, par eux même montrent des indicateurs positifs, signe d'une amélioration de la situation économique », a déclaré le Premier ministre Sherif Ismail lors d'une conférence tenue la semaine dernière en partenariat avec le ministère de la Solidarité Sociale.

Mais même les partisans du gouvernement nourrissent des doutes quant à la capacité de ce train de réformes économiques à offrir une qualité de vie à près de 96 millions de citoyens compte tenu de cette augmentation de la population.

« Le gouvernement doit étendre ce plan pour faire face à l'augmentation de la population parce qu'il dévore les réformes économiques positives », a déclaré le député Mahmoud Shaalan de Beheira, entre Le Caire et Alexandrie, où le taux de natalité reste à 3,5 enfants par femme.

Alors que le taux de chômage en l'Égypte est passé de 11,3 % au premier trimestre de l'année dernière à 10,6 % au cours de la même période cette année, le pays doit encore créer des emplois pour les près de 800.000 personnes qui arrivent chaque année sur le marché du travail.

« Le projet  "Deux, c'est assez" sera mis en œuvre par 100 organisations de la société civile dans le cadre de la stratégie nationale visant à limiter la croissance démographique », a déclaré Ghada Wali, ministre de la Solidarité Sociale, lundi, lorsque plus de détails sur la campagne ont été rendus publics. Toutefois, le coût total du plan n'a pas été dévoilé.

« Notre objectif est de sensibiliser les femmes aux avantages des petites familles, a déclaré Mme Wali. Elle a expliqué que le programme ciblerait initialement environ 1,15 million de femmes inscrites au programme Takaful du ministère, qui fournit des services de santé maternelle et infantile, ainsi qu'une aide en espèces aux familles les plus pauvres du pays.

La première phase des services d'information et de contraception sera déployée dans les 10 gouvernorats ayant des taux de fécondité compris entre 3,7 et 4,6 enfants par mère.

Le Ministère de la Solidarité et de la Santé a déclaré que le plan va au-delà d'une campagne d'information et qu’il vise à assurer la supervision technique des cliniques de planification familiale et le bon acheminement des convois médicaux vers les régions éloignées.

"Il n'est pas facile de parler de ce sujet en Haute-Égypte", a déclaré Sanaa Atta Mahmoud, un guide touristique de 24 ans à Louxor. "Les familles s’inquiètent quand une mariée ne tombe pas enceinte pendant la première année de mariage. Et puis ils demandent quand le prochain bébé arrivera dans l'année qui suit la naissance d'un premier enfant."

Mme Mahmoud, qui doit se marier cette année, déclare qu'elle et son fiancé ont besoin d’une aide pour « garder secret aux yeux nos familles le fait que nous ne voulons pas d'enfants pendant les deux premières années et que nous ne pensons pas avoir les moyens d'élever plus de deux enfants ».

Bien que les familles respectives du couple puissent être déçues, le président égyptien Abdul Fatah El Sisi serait probablement satisfait de leur choix.

« Vous voulez vous assurer que l'éducation est offerte à tous ? Régler le problème de la population. Vous voulez garantir des opportunités d'emploi ? Régler le problème de la population. Vous voulez des services médicaux ? Réglez le problème de la population », a déclaré M. Sisi lors d'un forum de la jeunesse qui s'est tenu à Alexandrie en juin dernier.

Les dirigeantes féministes égyptiennes ont déclaré que si la campagne "Deux c'est assez" montre une énergie renouvelée pour répondre à la question de la population, il subsiste des lacunes dans la politique du gouvernement qui doivent être comblées.

« Il est temps que nous parlions aux gens des ressources ou, plus exactement, du manque de ressources », déclare Nada Nashat, avocate au Centre d'Assistance Juridique pour les Femmes Egyptiennes basé au Caire. « Mais ce programme est insuffisant parce qu'il s'agit de limiter le nombre d'enfants sans s'attaquer au cœur du problème culturel ».

Mme Nashat pense qu'il faudra adopter une approche plus globale et radicale pour changer les attitudes à l'égard de la taille de la famille et réduire le taux de natalité.

« La campagne doit s'étendre au-delà de 10 gouvernorats, les jeunes hommes doivent être inclus dans les efforts d'éducation, et l'avortement doit être une option légitime et légale pour les femmes en plus de la contraception », a-t-elle dit.

Mais Aleksandar Bodiroza, le représentant du Fonds des Nations Unies pour la population en Égypte, a déclaré qu'il estime que la campagne "Deux c'est assez" constitue une étape essentielle pour que le taux de natalité du pays soit en phase avec ses ressources.

« Vous pouvez trouver des références à l'âge d'or de la planification familiale en Egypte et le gouvernement [Moubarak] a réussi à l'époque à réduire les taux de fécondité de 5,8 [enfants par mère] à 3 - un succès extraordinaire ».

Ces efforts ont été interrompus après le soulèvement égyptien de 2011 qui a évincé le dirigeant de longue date.

« Puis l'idéologie a changé [sous Mohammed Morsi et] les jeunes sont devenus parents plus rapidement parce qu’on faisait la promotion de grandes familles ».

Pendant les années de bouleversement entre le départ de M. Moubarak et l'initiative actuelle de M. Sisi, les projets de planification familiale n'ont pas été prioritaires et le taux de natalité a recommencé à augmenter.

Le Moyen-Orient dans son ensemble a été la région du monde qui a connu la croissance [démographique] la plus rapide au cours du siècle dernier et, bien que la plupart des États aient réussi à réduire les taux de natalité, bon nombre d'entre eux dépassent encore les niveaux de l'Ouest ou de l'Extrême-Orient.

Le représentant du FNUAP a déclaré que l'engagement financier accru de M. Ismail en faveur de la planification familiale est essentiel pour que l'Egypte renouvelle une politique de croissance économique dans le cadre d’une durabilité environnementale.

« Ces nouveaux éléments sont très encourageants, le gouvernement a remis sur la table la planification familiale et la santé sexuelle et reproductive », a déclaré M. Bodiroza.

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