Les conséquences des inondations en Afrique de l'Ouest aggravées par l'homme

 

 

Article de Gilles van Kote paru sur Le Monde du 19/09/2012

 

 

Les inondations qui ont fait plusieurs dizaines de morts et des milliers de sinistrés en Afrique de l'Ouest et centrale ces dernières semaines pourraient être – pour certaines d'entre elles – dues à la pression démographique et à ses conséquences sur l'exploitation des terres, à en croire une étude franco-nigérienne mise en ligne sur le site de la revue scientifique Global and Planetary Change.

La crue du fleuve Niger et de ses affluents a particulièrement touché le Niger et le Nigeria. Les derniers bilans font état de 81 morts et 525 000 déplacés au Niger, déjà fragilisé par une crise alimentaire, et de 137 décès et 35 000 sinistrés chez son voisin anglophone. Des pluies torrentielles ont frappé le nord du Cameroun, où 25 000 personnes auraient perdu leur logement, mais également la capitale du Sénégal, Dakar. Les trombes d'eau qui se sont déversées sur la ville, le 26 août, ont causé la mort de treize personnes.

De telles précipitations ne sont pas inhabituelles en cette période de l'année, qui correspond à la saison des pluies pour cette région du monde. Mais les inondations qui ont frappé les pays riverains du fleuve africain ne doivent pas être systématiquement attribuées à des précipitations exceptionnelles, avertit Luc Descroix (Institut de recherche pour le développement/université de Grenoble), coauteur avec Pierre Genthon, un autre hydrologue, de l'étude publiée par Global and Planetary Change.

"Les changements d'usage des sols sont à 90 % responsables des crues du Niger de ces dernières années, assure-t-il. D'ailleurs, d'après les données dont nous disposons à l'heure actuelle, les pluies de cette année ont été fortes mais pas exceptionnelles."

 

Source de l'image 

"Encroûtement des sols"

 

Luc Descroix et ses collègues se sont intéressés aux inondations qui ont ravagé la région de Niamey lors de la saison des pluies de 2010, les plus graves depuis les premiers relevés, qui datent de 1929. Ils ont constaté que 2010 était une année assez banale en termes de pluviométrie. Ils sont également arrivés à la conclusion que l'augmentation de l'intensité des crues du Niger et de ses affluents de la zone sahélienne remontait aux années 1970 et 1980, des périodes de grande sécheresse.

Comment expliquer ce double paradoxe ? Par une augmentation spectaculaire, dans les bassins versants, de la proportion de sols nus et incapables de retenir l'eau, affirment les auteurs. "La mise en culture de ces terres, qui entraîne la disparition de la végétation - et notamment du bois - ainsi que des cycles de jachère de plus en plus courts contribuent à l'encroûtement des sols", explique Luc Descroix. Une "carapace" d'argile et de limon imperméabilise alors les sols, les empêchant de retenir l'humidité, et favorise le ruissellement vers les cours d'eau, qui ne tardent pas à sortir de leur lit.

Ce phénomène serait le résultat de la pression démographique – la population du Niger est passée de 3 à 15 millions d'habitants en un demi-siècle – et de la course aux terres agricoles qui l'accompagne. Selon M. Descroix, la réhabilitation de ces terres passe par la plantation d'arbres et le recours à des techniques assez simples (haies, terrasses, etc.) "visant à fractionner les trajets de l'eau et du vent".

A plus court terme, l'hydrologue suggère de draguer le lit du Niger en amont de Niamey pour augmenter son débit, l'ensablement progressif du fleuve, phénomène constaté depuis plusieurs décennies, étant un facteur aggravant. Par ailleurs, l'expansion de la capitale nigérienne s'est faite notamment sur des zones inondables, mais "où l'on n'avait plus vu d'eau depuis quarante ans". Les crues de ces dernières années ont particulièrement frappé ces quartiers récents. Une urbanisation non planifiée a généralement pour effet d'aggraver les conséquences des intempéries et des catastrophes. "On construit, on goudronne et on oublie de créer de nouveaux drainages", note M. Descroix. Ces dernières années, d'autres capitales d'Afrique de l'Ouest, comme Lagos, Accra ou Ouagadougou, ont également subi de graves inondations.

 

Source de l'image

Une planification urbaine fragile

 

La question de la fragilité des villes a été évoquée à l'occasion de la réunion du Comité régional pour la gestion des catastrophes en Afrique de l'Ouest qui s'est tenue du 12 au 14 septembre à Dakar. "Le grand défi sera de réparer les erreurs qui ont été commises et de corriger l'inaction de ces dernières années en termes de planification urbaine", estime Laurent Dufour, conseiller régional pour la réponse aux urgences, au sein du Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, coorganisateur de la conférence.

A Dakar, un programme de plus de 70 millions de dollars (54 millions d'euros) visant à améliorer le drainage dans les quartiers périphériques est financé par la Banque mondiale. "Mais il incombe aux autorités locales de faire en sorte que les zones à risque soient déclarées inconstructibles, reprend Laurent Dufour. Il suffit parfois d'une année sans pluies pour que les gens s'y installent."

Même si elles ont causé de graves dégâts, les inondations sont aussi le signe d'un retour des pluies dans la région sahélienne. Selon les observateurs, les perspectives de la campagne agricole en cours sont plutôt encourageantes. Les premières récoltes, attendues début octobre, devraient mettre un terme à la période de soudure, pendant laquelle environ 18 millions de personnes étaient en situation d'insécurité alimentaire.

 

Gilles van Kote

 

 

Inondation dans le quartier Harobanda rive droite de Niamey, crue du 17 et 18 août 2012 (IRD/ T. Amadou)

 

Pour aller plus loin : 

la publication de l'IRD intitulée : "La dégradation anthropique des sols amplifie les inondations du fleuve Niger à Niamey" 

l’article de Sylvestre Huet dans lBlog Sciences de Libération

- Les agences se démènent pour réparer les écoles détruites par les inondations

 

 

Niger
Population by sex (thousands)
Medium variant
1950-2100

 

Year Both sexes combined Male Female
1950 2 462 1 155 1 306
1951 2 536 1 196 1 340
1952 2 610 1 236 1 374
1953 2 684 1 276 1 408
1954 2 759 1 315 1 444
1955 2 834 1 355 1 480
1956 2 912 1 395 1 517
1957 2 991 1 436 1 556
1958 3 074 1 478 1 595
1959 3 160 1 523 1 637
1960 3 250 1 569 1 681
1961 3 345 1 618 1 726
1962 3 444 1 670 1 774
1963 3 547 1 724 1 823
1964 3 655 1 780 1 875
1965 3 766 1 838 1 928
1966 3 880 1 897 1 983
1967 3 998 1 959 2 039
1968 4 119 2 022 2 098
1969 4 244 2 087 2 158
1970 4 373 2 153 2 219
1971 4 505 2 222 2 283
1972 4 641 2 292 2 349
1973 4 780 2 364 2 416
1974 4 923 2 438 2 486
1975 5 071 2 515 2 557
1976 5 224 2 594 2 630
1977 5 381 2 676 2 705
1978 5 542 2 760 2 782
1979 5 706 2 844 2 862
1980 5 871 2 926 2 945
1981 6 038 3 008 3 030
1982 6 208 3 089 3 119
1983 6 382 3 171 3 211
1984 6 560 3 254 3 306
1985 6 744 3 340 3 403
1986 6 934 3 430 3 504
1987 7 131 3 523 3 608
1988 7 337 3 621 3 715
1989 7 555 3 727 3 828
1990 7 788 3 842 3 946
1991 8 036 3 967 4 069
1992 8 300 4 101 4 199
1993 8 579 4 245 4 334
1994 8 872 4 397 4 475
1995 9 179 4 557 4 622
1996 9 500 4 725 4 775
1997 9 836 4 902 4 934
1998 10 186 5 085 5 101
1999 10 548 5 274 5 274
2000 10 922 5 468 5 454
2001 11 308 5 666 5 642
2002 11 706 5 869 5 837
2003 12 118 6 078 6 041
2004 12 547 6 294 6 253
2005 12 994 6 521 6 473
2006 13 460 6 758 6 702
2007 13 946 7 005 6 941
2008 14 450 7 261 7 189
2009 14 972 7 527 7 445
2010 15 512 7 802 7 710
2011 16 069 8 085 7 984
2012 16 644 8 378 8 267
2013 17 240 8 681 8 559
2014 17 858 8 995 8 863
2015 18 500 9 322 9 178
2016 19 168 9 661 9 506
2017 19 860 10 013 9 847
2018 20 576 10 377 10 198
2019 21 313 10 752 10 561
2020 22 071 11 137 10 933
2021 22 848 11 532 11 316
2022 23 646 11 938 11 708
2023 24 465 12 354 12 111
2024 25 307 12 781 12 526
2025 26 171 13 220 12 951
2026 27 058 13 670 13 389
2027 27 969 14 132 13 837
2028 28 903 14 605 14 298
2029 29 860 15 090 14 770
2030 30 841 15 587 15 254
2031 31 845 16 096 15 749
2032 32 874 16 617 16 257
2033 33 926 17 149 16 777
2034 35 003 17 694 17 309
2035 36 104 18 251 17 852
2036 37 228 18 820 18 408
2037 38 377 19 401 18 976
2038 39 550 19 994 19 556
2039 40 747 20 599 20 148
2040 41 968 21 216 20 751
2041 43 213 21 845 21 367
2042 44 481 22 486 21 994
2043 45 772 23 139 22 633
2044 47 086 23 803 23 283
2045 48 423 24 478 23 945
2046 49 783 25 165 24 618
2047 51 164 25 863 25 301
2048 52 567 26 571 25 996
2049 53 991 27 290 26 701
2050 55 435 28 019 27 416
2051 56 899 28 759 28 141
2052 58 383 29 508 28 875
2053 59 886 30 266 29 620
2054 61 407 31 034 30 373
2055 62 947 31 811 31 136
2056 64 504 32 596 31 907
2057 66 077 33 390 32 687
2058 67 668 34 192 33 475
2059 69 273 35 002 34 272
2060 70 894 35 819 35 076
2061 72 530 36 643 35 887
2062 74 179 37 474 36 705
2063 75 841 38 311 37 530
2064 77 516 39 154 38 362
2065 79 203 40 003 39 199
2066 80 900 40 858 40 043
2067 82 608 41 717 40 891
2068 84 326 42 581 41 745
2069 86 052 43 450 42 603
2070 87 786 44 321 43 465
2071 89 527 45 197 44 331
2072 91 275 46 075 45 200
2073 93 027 46 955 46 072
2074 94 784 47 838 46 947
2075 96 545 48 722 47 823
2076 98 309 49 607 48 701
2077 100 074 50 493 49 581
2078 101 841 51 380 50 461
2079 103 607 52 266 51 341
2080 105 372 53 152 52 221
2081 107 136 54 036 53 100
2082 108 897 54 919 53 978
2083 110 654 55 800 54 854
2084 112 406 56 678 55 728
2085 114 154 57 554 56 600
2086 115 894 58 426 57 469
2087 117 628 59 294 58 334
2088 119 354 60 159 59 196
2089 121 072 61 019 60 053
2090 122 781 61 874 60 907
2091 124 479 62 724 61 756
2092 126 168 63 568 62 599
2093 127 845 64 407 63 438
2094 129 510 65 240 64 270
2095 131 162 66 066 65 097
2096 132 801 66 885 65 916
2097 134 426 67 697 66 729
2098 136 036 68 501 67 534
2099 137 630 69 298 68 332
2100 139 209 70 088 69 121

 

Source : http://esa.un.org/unpd/wpp/unpp/p2k0data.asp 

 

 

Graphique passé et prévisionnel de la population du Niger

 

 Commentaire archivé  

#1 Remake — 20-09-2012 07:31

L’Australie a été désertifiée il y a quelques milliers d'années par les effets néfastes de l'humanité, très peu d'humains ont suffi. Sept-milliards ne feront pas mieux, ils désertifieront le monde inexorablement. La planète jaune va succéder à la planète bleue. Vous pouvez d'ores et déjà faire votre deuil. L'homme disparaitra avant que son anthropocentris me soit vaincu. Le nihilisme par la débilité semble l'avoir emporté.

C'est tout de même bien dommage!

 

 

Ajouter un Commentaire


Code de sécurité
Rafraîchir