C dans l'air : De l’autre côté de la Méditerranée

 

Contrairement aux récentes émissions d'Yves Calvi consacrées à l'Égypte, celle du 16 février 2011, dont le thème portait sur le Maghreb en général, a enfin permis d'évoquer la situation démographique de l'Égypte et ce grâce à l'intervention salutaire d'Alexandre Adler, historien et journaliste, spécialiste des relations internationales, que l'on connait aussi pour sa participation quotidienne à France Culture.

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Le passage retranscrit ci-dessous se situe vers 24'00''

- Alexandre Adler
Qu'est-ce qu'on peut faire avec l'Égypte ? En premier lieu, qu'est-ce que l'Égypte ne peut pas faire ? L'Égypte a d'abord un problème épouvantable, c'est qu'elle est aujourd'hui le pays le plus densément peuplé de la planète. Il suffit d'aller en Haute Égypte pour se rendre compte que ce qu'on appelle « l'Égypte utile », ce sont deux bandes vertes, et après deux déserts...

- Yves Calvi
Avec le Bangladesh

- Alexandre Adler
Oui mais au Bangladesh il y a plus d'eau. Mais revenons à l'Égypte, je crois que la densité, si on poursuit les courbes, va dépasser celle du Bangladesh et il y a donc un problème énorme : il faut une croissance beaucoup plus forte qu'aujourd'hui pour compenser la croissance démographique. Alors il faut agir des 2 côtés comme l’ont fait les dirigeants chinois : il faut faire enfin des campagnes pour réduire la natalité, ce qui est autorisé par l'islam, à la différence du catholicisme, et puis il faut aussi bien sûr accélérer la croissance. Les 2 problèmes sont difficiles, bien que la croissance égyptienne soit montée considérablement avec les premières mesures de libéralisation qu'avait inspiré Gamal Moubarak* et ses amis. On a eu au dessus de 5% : 6% et 7% les 2 dernières années. Donc si déjà on maintenait cette vitesse de croisière ce serait une première chose. Ce qui veut dire que l'ouverture de l'Égypte au monde extérieur est indispensable.
 
Deuxièmement, l'Égypte doit prospecter des marchés en utilisant un coût de la main d’œuvre qui est faible. Et troisièmement elle doit poursuivre l'urbanisation, ce qui demande des infrastructures, parce qu'on ne peut pas laisser les gens à la campagne où ils n'ont plus rien à faire, où ils sont trop nombreux, et seules les villes peuvent améliorer un peu la situation, ce qui a été fait spontanément avec cette ville monstrueuse qu'est Le Caire, avec ses 17 millions d'habitants, et ses banlieues qui sont mangées tous les jours. Il faudrait bien entendu équilibrer le territoire égyptien avec des grandes villes comme les chinois l'ont fait et qui soient situées au sud du pays. Assouan dépasse déjà le million, Alexandrie est une ville un peu en perte de vitesse, mais ce sont des villes qu'il faudrait maintenant remettre au travail en créant des emplois et ça, ce serait une politique courageuse de lutte contre les rentes et contre les privilèges.(…)

- Yves Calvi
Hervé Le Bras, vous avez réagi sur la question démographique notamment.

- Hervé Le Bras (Démographe)
Oui parce que les remarques d'Alexandre Adler sont pertinentes, mais c'est le « il faudrait » qui est difficile à mettre en œuvre, parce que l'Égypte est très largement tournée sur le Golfe persique, très largement tournée vers des régimes où les mœurs sont assez peu évoluées du point de vue de la fécondité et de la famille

- Yves Calvi
Assez peu libérales...

- Hervé Le Bras
Il y a une très grosse différence de ce point de vue avec le Maghreb où la fécondité est maintenant pratiquement à 2 enfants par femme. A l'ouest de la méditerranée le problème n'est cependant pas réglé, parce que il y a encore une génération nombreuse qui a entre 20 et 50 ans, mais il sera assez rapidement réglé. (..) En Égypte c'est beaucoup plus compliqué à régler, d'autant qu'il y a un second problème : le travail des femmes. De ce point de vue, la Tunisie est un pays relativement en avance, même si ce sont des taux faibles d’activité féminine, on monte déjà dans les 30% à 35% aussi au Maroc. En Égypte, il n’y a pratiquement pas d’activité féminine, la hausse est très lente. Je ne vois pas très bien comment ils pourront régler leur problème.

Je suis assez pessimiste de ce côté là. Je n'ai pas de conseil à leur donner, mais par rapport à la Chine.... La Chine, on pense toujours qu'elle a décrété « l'enfant unique » et puis que brusquement ça s'est appliqué. C'est pas comme cela que ça s'est produit. Quand Deng Xiaoping a fait la politique de l'enfant unique, la fécondité en Chine était déjà tombée de 6 enfants à 2,8. Donc ça y est, il n’y avait plus qu'à accompagner le mouvement et il fallait l'accompagner sans avoir l'air de céder à la famille de 2 enfants des américains, qui était le programme du planning familial, et l'enfant unique était une idée absolument géniale des chinois. C'est pas une chose qui va marcher en Égypte.

- Alexandre Adler
L'Égypte est vouée à exporter une partie importante de sa population, comme le faisait l'Angleterre au XIXème siècle...
 
 
 
* Fils d'Hosni Moubarak

 

 

 

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