Bangladesh : rareté des terres et croissance démographique

 

Traduction d'un article de Shahiduzzaman Khan, paru le 10 mars 2013 sur le site bengali du Financial Express

 

 

Les perspectives à long terme pour le Bangladesh sont assez sombres. La croissance non planifiée de la population complique la réponse à la demande alimentaire ainsi qu'aux besoins de santé de base et d'éducation – sans même parler de la question du chômage et des troubles sociaux. La perspective est vraiment décourageante car les ressources augmentent moins vite que le nombre des habitants. Les arbres sont régulièrement abattus pour fournir du carburant. Les perturbations climatiques de la période récente [inondations], suivies par l'intrusion de la salinité dans les sols, la diminution des terres agricoles et les pertes de récoltes, ont ajouté aux malheurs du peuple de ce pays.

 

Bangladesh - Dhaka - source

 

Ce qui est alarmant, c'est que notre pays, avec la plus haute densité de la population au monde (1.047 hab/km²), est en train de perdre des terres arables en raison de l'industrialisation croissante et l’empiétement rapide de l'habitat humain sur les zones agricoles. Le Bangladesh perd 8.000 hectares de terres agricoles chaque année prélevés sur ses 13 millions d'hectares originaux de terres arables, et ce à cause de l'urbanisation, de l'industrialisation, ainsi que du logement rural et de la construction non planifié d'infrastructures. La croissance rapide de la population pousse à rechercher de nouvelles terres pour construire des maisons tandis que les entrepreneurs vont dans les zones reculées de la campagne à mettre en place des usines. L'agriculture compte pour seulement 21% du produit intérieur brut du pays (PIB), bien que le secteur emploie environ 50% de la population active du pays.

 

Il est à craindre qu'il n'y aura plus suffisamment de terres cultivables au Bangladesh dans 50 ans si les terres sont enlevés pour des usages non agricoles au taux annuel actuel. Si la tendance n'est pas inversée maintenant, le pays pourrait perdre définitivement sa sécurité alimentaire, ce qui rendrait sa population pauvre encore plus vulnérable à la volatilité des prix internationaux des matières premières. Afin d'inverser cette tendance, le gouvernement a pris des mesures, y compris l'interdiction de l'utilisation des terres arables à des fins autres que l'agriculture. C'est sans aucun doute une étape louable. Un comité de haut niveau a suggéré que les usines et les établissements d'enseignement qui ont déjà été construits doivent maintenant se développer à la verticale, au lieu de continuer à détruire les terres arables. Mais le gouvernement ne parvient pas à contrôler la quantité de terres arables qui sont transférées à des fins autres qu'agricoles, car il n'a pas de personnel suffisant.

 

La baisse de la taille des exploitations agricoles, la hausse du nombre de paysans sans terre et l'appauvrissement constant des terres agricoles constituent des menaces redoutables pour l'agriculture du Bangladesh : l'augmentation de la pauvreté entraîne de nombreux ultra-pauvres dans un cercle vicieux. La taille moyenne des exploitations a été réduite à moins de 0,6 hectares et le pourcentage de personnes sans terre s'élève à 58% dans un pays où près de 80% des ultra-pauvres vivent dans les zones rurales (...) La culture du riz couvre environ 80 pour cent de la superficie totale cultivée du Bangladesh, et ceci bien que l'auto-suffisance alimentaire est encore loin (...)

 

Il est également inquiétant de constater que les dépenses publiques pour la recherche agricole n'ont cessé de diminuer au Bangladesh. L'allocation pour la recherche agricole devrait être portée de 0,2% à 2,0% du produit intérieur brut agricole (PIB) pour réduire la dépendance aux importations. Le gouvernement devrait allouer davantage de ressources à la recherche sur le riz. Cela devrait au moins être de 4,0% du PIB agricole. Investir davantage dans la recherche agricole est vital pour le Bangladesh puisqu'il perd des terres cultivées assez rapidement (...)

 

Si l'utilisation de terres arables à des fins non agricoles n'est pas immédiatement stoppée, le pays va devoir faire face à de multiples problèmes découlant de la rareté des terres et l'augmentation de la population. Ces défis doivent être relevés avec la plus haute priorité (...) L'Organisation mondiale du commerce (OMC) a récemment traité de cette question cruciale lors d'un forum international, soulignant que, dans les plus pauvres du monde, dont le Bangladesh, la terre va se diviser par héritage et la taille des exploitations est de plus en plus petite à chaque génération.

 

Un rapport intitulé "Le changement climatique, un risque pour la sécurité" déclare que la perte probable de terres arables et résidentielles du fait des inondations dans cette partie du monde (Bangladesh et son voisinage) se traduira par une augmentation de la migration environnementale interne et externe et par des relations tendues entre les pays. Une solution à la question de l'épuisement des terres agricoles pourrait être la formulation d'une politique foncière sensible et réaliste. Il faut comprendre pourquoi les gens deviennent sans-terre et comment résoudre le problème du retrait des terres arables. Ce n'est qu'alors que les mesures nécessaires pourront être prises. Dans les années quatre vingt dix, les bengalis dépensaient 60% de leur revenu pour la nourriture et cette somme est descendu à 50% aujourd'hui.

 

En maintenant le taux de croissance de la population sous contrôle, des mesures appropriées doivent être prises le plus tôt possible pour assurer une urbanisation planifiée du pays. Au Bangladesh, le problème du développement économique a jusqu'à présent été traité sans tenir compte de l'effectif de la population. Mais ces questions doivent faire partie d'une stratégie unique.

 

Il est prévu que le Conseil national de la population jouera son rôle dans le contrôle de la population sous la surveillance stricte et vigilante du RAJUK (Autorité de développement de la capitale) et de toutes les sociétés de la ville afin d'arrêter le développement anarchique des villes et des industries à travers le pays. La nation ne peut pas se permettre de perdre des terres agricoles plus longtemps.

 

Bangladesh - Old Dhaka

 

 

Rappel :

La population actuelle du Bangladesh est de 151 millions de personnes et sa densité de population est de 1.047 hab/km²,

En 2050, la population devrait passer à 226 millions et la densité à 1.570 hab/km²,

Avec cette dernière densité, la France compterait 866 millions d'habitants, soit 800 millions de plus qu'aujourd'hui...

 

 

 

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