La démographie au péril de la souveraineté alimentaire?

 

C'est le sujet abordé par ce dossier spécial. Au menu, plusieurs articles que l'on a pu trouver dans les publications Défi Sud du site SOSfaim.
 
Ce dossier sur l’Afrique est tout à fait représentatif de l’argumentation généralement présentée pour décrédibiliser la menace démographique.
Les auteurs admettent bien entendu que la croissance de nos effectifs au cours des cinquante dernières années peut paraître effrayante, mais c’est pour aussitôt démontrer qu’il n’en est rien.
La base de cette démonstration s’appuie sur la constatation d’une tendance incontestable à la baisse du taux de croissance de la population.
La plupart des pays devraient bientôt sortir de la phase dite de transition démographique. Cette phase s’accompagne d’une forte croissance à cause d’un large différentiel entre les taux de natalité et de mortalité. Mais cette période est censée (d’où l’optimisme des auteurs) annoncer une phase de stabilisation ou de croissance faible par égalisation des deux taux à un niveau assez bas.
 
C’est ce qui a été constaté dans la plupart des pays dits développés (ce qui ne les a pas empêché d’atteindre des niveaux de densité très élevés comme en Europe ou au Japon ou de connaître encore une solide croissance comme aux États-Unis d’Amérique).
Rappelons toutefois que ces pays n’assurent l’alimentation de leur propre population que parce que, sur l’ensemble : produits alimentaires + énergie, ils font largement appel au reste du monde et vivent ainsi partiellement « hors sol ».

Ce raisonnement basé sur l’étude des croissances relatives (au sens des taux de croissance) est très répandu. Il offre une certaine séduction intellectuelle car il semble plus subtil que ceux qui ne s’appuieraient que sur la simple prise en compte des croissances brutes. Toutefois, il ne permet pas de prendre en compte l’ensemble de la réalité. Il est certain qu’à raisonner sur les dérivées nièmes, on trouvera toujours, même dans les pires périodes de croissance, un stade ou l’augmentation de l’augmentation est elle-même décroissante. Il n’y a pas lieu de se rassurer de cette découverte.

Les erreurs auxquelles conduisent la seule prise en compte des taux de croissance sont édifiantes pour ce qui concerne le continent africain. Ainsi l’Afrique serait sauvée de l’explosion démographique parce que son taux de croissance diminue (même si globalement dans l’Afrique Subsaharienne il est encore très élevé).
Et pourtant, l’Afrique vient de passer le seuil de un milliard d’habitants. Presque tous les démographes s’accordent à admettre qu’elle devrait atteindre 2 milliards aux alentours de 2050. Donc, malgré la baisse de son taux de croissance démographique, l’Afrique va gagner plus d’habitants en 40 ans qu’elle n’en a gagné depuis le début des temps. Est-ce là une évolution encourageante ? Non, d’autant que dans le cas spécifique de ce continent rien n’indique que les choses s’arrêteront là. Certains prévoient 4 milliards pour la fin du siècle !

L’analyse des taux n’est pas sans intérêt, mais elle ne peut se faire indépendamment de la prise en compte des données brutes. Un faible taux appliqué à un effectif élevé conduit à une croissance brute importante. Il est facile de le comprendre, il est sage de le prendre en compte ! Faute de quoi pour éviter le chaos les sociétés devront prendre plus tard des mesures plus coercitives, les mêmes justement qui sont si souvent décriées à propos de la Chine.

Dernier point tout à fait représentatif de la démarche de cet article visant à réduire l’impact de la composante démographique, certains graphiques proposés, montrent une baisse de l’empreinte écologique par être humain et globalement on semble en tirer la conclusion que ce n’est donc pas la démographie qui pose problème.

Mais bien au contraire, l’impact environnemental est bien le fait de la multiplication du nombre par cet impact individuel. Si l’impact individuel baisse (et très légèrement en l’occurrence) mais que la population augmente (et plutôt fortement) alors, l’empreinte écologique sur la planète est bien croissante. Et c’est bien cela qui touche la nature. Ajoutons que souvent le calcul de l’empreinte écologique ne prend pas en compte tous les aspects du problème et notamment la disparition des espèces.
 

Concernant le premier article en particulier, on peut y lire ceci:
« La croissance démographique n’est que l’une des causes de l’exploitation accrue des ressources disponibles. »
« Les pressions démographiques ne sont pas les seules à influencer la recomposition des espaces ruraux et les mutations des écosystèmes. »
L'auteur reconnaît donc qu’il s’agit bien d’un des facteurs clés de la dégradation de la planète, mais paradoxalement exclut toute mesure tendant à faire baisser la pression démographique.
Or, même en admettant que ce paramètre ne joue pas un rôle prépondérant, n'est-il pas aberrant de s’en désintéresser?

Un peu plus loin, l'argument opposé est même mis en avant:
« il est possible d’envisager les manifestations de croissance démographique comme contribuant positivement à la résolution de problèmes comme la pauvreté ou la dégradation de l’environnement…
On peut aisément comprendre cet argument dans le cas des villes. Si l’on est encore très loin du compte, en particulier dans les pays en développement, concentrer les activités permet de les gérer de façon durable, en faisant des économies d’échelle, ainsi que de lutter contre l’étalement urbain, dévoreur d’espaces verts.
»
Il est certain que plus on est nombreux, plus on est obligé de trouver des solutions pour subsister. Lorsqu’on a le couteau sous la gorge, on est obligé de faire preuve d’ingéniosité pour s’en sortir. On y arrive souvent et c’est heureux: il ne faudrait quand même surtout pas en faire une règle…
On a envie de dire « pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué? »: ne peut-on pas tout simplement s’arranger pour être moins nombreux que prévu et utiliser dès à présent notre savoir faire pour stopper les dégradations environnementales qui sont déjà là et amplement suffisantes?

 

Les articles suivants sur le Sénégal et le Burkina Faso, relativement pointus, apportent des informations intéressantes.

Celui sur l'Amazonie cherche à prouver que « la déforestation est due principalement à l’élevage, pas à la démographie », oubliant d'abord qu'une partie de cet élevage sert à approvisionner le pays lui même (la thèse serait d'ailleurs plus convaincante si le ratio consommation locale et exportations était évoqué), mais aussi que cela permet d'employer une partie de la population pléthorique du pays des travailleurs sont venus du sud et du nord-est du Brésil afin de vivre de l’élevage d’exportation »). Il n'empêche que sur ce point particulier de la déforestation, le type d'alimentation excessivement carnée des pays riches engage leur responsabilité.

Reconnaissons enfin que ce dossier a le mérite de reproduire l'article de Tom Levitt « La démographie est-elle le grand tabou ? » qui n'est pas à proprement parler sur la ligne éditoriale de Défis Sud.

 

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