C dans l'air : 65 millions de français

 

Programmée sous un nom qui faisait référence aux 7 milliards de terriens prévus pour la fin de cette année, le thème de l'émission "C dans l'air" a finalement  été recentré sur notre pays avec le titre suivant : 1 Français pour 107 Terriens. Sans nous attarder sur les traditionnels cocoricos et sur les raisons qui poussent les français(es) à continuer à faire encore "autant" d'enfants, nous avons extrait la partie de l'émission qui porte sur les conséquences du phénomène.

 

TERRES AGRICOLES

Christian Pees - Agriculteur 
« On constate (en France) une perte de terres agricoles très importante : l'expansion urbaine, avec celle de nos infrastructures, s'empare des terres agricoles et souvent des meilleures terres agricoles. Roissy s'est installé parmi les plus belles terres de France, idem par exemple en Chine, l'extension urbaine se fait sur les zones les plus cultivables de la Chine, elle se fait pas dans les zones désertiques et arides.»


Bruno Parmentier - Économiste
« L'extension, somme toute raisonnable, de la population française ne peut être tenue pour principal responsable de cette perte des terres agricoles de notre pays : ce sont d'abord nos choix de vie qui sont en cause et qui nous font construire à gogo résidences secondaire, ronds-points ou golfs, etc. Nous perdons l'équivalent d'un département tous les 7 ans : c'est énorme ! Parce qu'on a l'impression qu'il y a beaucoup d'espace, tout va bien. Mais est-ce bien raisonnable ? On vit de plus en plus loin de son travail, mais alors quand le pétrole sera à 10€ le litre, comment on va faire pour aller à son travail, c'est une histoire de fou ! Il faut imaginer ce que sera la société dans les 20 ou 30 ans qui viennent et resserrer les villes, construire un peu en hauteur pour laisser de l'espace. Car le mouvement de gel des terre agricoles est à sens unique. On passe de forêt à culture, puis de culture à béton, puis de béton à désert : même les anciennes zones industrielles qu'on n'utilise plus ne redeviennent jamais des champs de blé. Or on va manquer d'espace pour se nourrir sur la planète, même chez nous un peu. Si vous avez une maison de plein pied avec 100m² de terrain oui, mais 1000m² par personne, jamais ça va tenir.

En France, on part de n'importe quelle ville française, on voit des champs à droite et on voit des champs à gauche : on a l'impression que la planète, c'est plein de champs. Mais c'est pas du tout ça ! On ne cultive que 12% de la planète, ensuite il y a des prairies où il y a "un peu de viande" dessus. La planète, c'est d'abord des endroits trop froids, des endroits trop chauds ou des endroits où il ne pleut pas, ou des endroits en pente ou des endroits érodés ou des endroits pollués ou des endroits urbanisés et quand on retire tout ça, finalement on cultive 1,5 milliard d'hectares sur la planète, c'est pas beaucoup. Actuellement il faut manger à 4 sur chaque hectare cultivé et en 2050, il faudra manger à 6. Si des gens s'achètent un hectare de bonne terre pour se faire construire une résidence secondaire, c'est ce qui doit nourrir actuellement 4 personnes, 365 jours par an... Donc c'est quand même une denrée relativement rare.»



FAIM DANS LE MONDE

Bruno Parmentier 
« Évidemment, ça va mal, il n'y a jamais eu autant de gens mal nourris qu'aujourd'hui. Enfin, ça a un peu reculé cette année mais ce chiffre de 1 milliard n'avait jamais été atteint dans l'histoire de l'humanité, même pendant les guerres mondiales. On est passé de 1,8 milliard en 1900 à bientôt 7 et il y a toujours à peu près 800 millions de gens qui avaient faim, puis dans les 3 dernières années on a rajouté 200 millions de gens. En théorie, on produit évidemment assez de nourriture sur la planète, mais le yaourt qu'on jette à Paris, il ne va pas nourrir les gens du Burkina Faso. Cette idée qu'il y a des régions qui produisent trop et qui vont nourrir l'humanité, c'est une idée folle. Les africains doivent manger de la nourriture africaine. Qu'ensuite on exporte de temps en temps un peu de foie gras ou un peu de champagne, il n'y a pas de problème, mais pour ce qui est de la nourriture de tous les jours, ce sont des produits très volumineux, très périssables et qui voyagent très mal.»

Yves Calvi
« Il faut produire, stocker, distribuer et vous voulez dire que tout cela ne peut se faire que sur place.»


Bruno Parmentier 
« Les défis sont énormes et par exemple l'Asie au XXIème siècle va avoir du mal à se nourrir complètement et l'Afrique aussi. On subit le fait qu'on a désinvesti dans l'agriculture depuis 30 ans, ça n'intéressait plus personne, c'était pas moderne et puis maintenant depuis 2007, un certain nombre de gens se disent qu'il va falloir réinvestir. L'Europe non, mais tous les autres riches du monde se disent qu'il faut réinvestir : les chinois achètent des terres un peu partout, les koweïtiens aussi. Il faut se rendre compte qu'il y a 2,5 fois la superficie de la France qui a changé de mains, depuis 2007, dans les pays pauvres. Il y a cette idée qui d'un côté peut nous réjouir, il y a un certain nombre de gens qui sont prêts à investir en disant sur cette terre là on peut produire plus. Parfois pour produire le maïs nécessaire pour élever des cochons qui seront mangés ailleurs, ça c'est très amoral, mais d'un autre côté le fait que de nouveau on se dise : il y a des réserves de productivité énorme dans plein de zones de la planète, c'est plutôt une bonne nouvelle. Il va falloir au XXIème siècle réinvestir massivement dans l'agriculture. Il faut arrêter de dire "il y a des pays qui vont nourrir les autre pays". Ça ne peut pas durer. Chaque pays doit produire de la nourriture.»


Christian Pees 
« On ne peut pas non plus tout auto produire, ceci étant on a besoin des échanges pour réaliser les grands équilibres planétaires. Il faut cependant savoir qu'il n'y a que 10% des produits agricoles qui bougent. Ce n'est donc pas un vaste flux. Mais ce sont ces 10% qui font le prix. Quand le prix est trop haut, et c'est le cas aujourd'hui, on a les émeutes de la faim. Et les 6 mois qui viennent risquent d'être terribles. Quand les prix sont trop bas, c'est mauvais pour les agriculteurs européens, mais c'est encore plus mauvais pour les pays, par exemple africains, car ces pays là ont plus intérêt à aller acheter une nourriture pas chère qu'à développer leur agriculture. Et donc, l'enjeu réel est de tempérer tout cela : l'agriculture ne supporte pas le flux tendu.»


Bruno Parmentier 
« Dans sa vie, un français mange à lui tout seul : 7 bœufs, 33 cochons, 1300 poulets...
Il y a 7 milliards d'humains sur la planète et 20 milliards d'animaux d'élevage : on ne va pas passer à 40 milliards!»



QUESTIONS  DE TÉLÉSPECTATEURS

Yves Calvi
« A partir de quand la population mondiale commencera-t-elle à décroitre ou du moins à se stabiliser?»


Gérard-François Dumont, Géographe 
« Elle se stabilisera à la moitié du XXIème siècle. Mais il faut bien comprendre que de toutes façons elle n'arrivera pas à 9 milliards d'habitants si on n'arrive pas à résoudre les problèmes d'alimentation. Cette croissance à 9 milliards d'habitants, elle n'est pas certaine, il y a un certain nombre de risques géopolitiques, de risques d'un point de vue sanitaire. Moi je suis plutôt terre à terre, je regarde l'évolution par pays, ce que je vois depuis 30 ans, c'est que dans les pays qui ont une bonne gouvernance, la proportion de personnes sous alimentées a considérablement baissé. Dans les pays qui ont une mauvaise gouvernance, la proportion de personnes sous alimentées a augmenté.


Yves Calvi
« Une Afrique qui passe de 1 à 2 milliards d'habitants : qu'est-ce qui se passe ? »


Gérard-François Dumont 
« L'Afrique ne passera de 1 à 2 milliards d'habitants que si elle fait les réformes qui permettront de nourrir ce 2 milliard d'habitants. Sinon, il y aura une surmortalité.


Yves Calvi
« Une forte augmentation de la population n'entrainera-t-elle pas une multiplication des conflits ?»


Gérard-François Dumont 
« L'Afrique est sous-peuplée et l'augmentation de la population peut permettre de rentabiliser un certain nombre d'infrastructures qui ne le sont pas aujourd'hui. Sur les guerres, l'histoire est très claire sur cette question, ce qui fait les guerres ce sont des raisons culturelles, ce sont des raisons géopolitiques qui sont nourries d'histoires extrêmement anciennes et qui ne sont pas liées aux dynamiques démographiques (il cite l'exemple de la Serbie).


Christian Pees 
Il n'y a pas de guerre, mais il peut y avoir des flux migratoires, car les gens quand ils ont faim quelque part, ils bougent et entre autres, la relation entre l'Afrique et l'Europe est aussi de cet ordre là.


Yves Calvi
« Pourquoi ne pas s'accorder au niveau international pour limiter les naissances ? »


Gérard-François Dumont 
« La croissance de la population mondiale depuis 2 siècles c'est pas les naissances. La natalité ne cesse de diminuer depuis 2 siècles. L'augmentation de la population mondiale, c'est l'augmentation de notre espérance de vie. Comme on vit plus longtemps, nous sommes plus nombreux. Si la France n'augmentait pas son espérance de vie de 3 mois par an, on ne serait pas à 65 millions aujourd'hui.»


Yves Calvi
« Combien de milliards d'humains la planète Terre peut-elle supporter ? »


Bruno Parmentier 
« Je sais pas si on peut en faire 20, mais les 9 milliards qu'on peut prévoir en 2050, c'est possible à condition qu'on s'en occupe. Un européen, ça mange à peu près pour 80€ par semaine, un réfugié du Darfour, ça mange pour 1€ par semaine. Quelque part, ce 2ème enfant des français, il représente 80 enfants du Darfour. Donc pourquoi, nous, on se fixe sur le 6ème ou 7ème enfant d'un africain qui n'a pas de sécurité sociale, et qui n'a pas de retraite. Dès qu'il les aura, il passera comme tout le monde, partout à 2 enfants. Le problème, c'est d'abord d'enrichir les gens. et de sécuriser leur avenir. Le seul moyen de tous manger, c'est d'enrichir les gens, ils feront moins d'enfants.»

 

Notre point de vue :

D'une façon générale, comme d'ailleurs dans la plupart des cas où l'on aborde la démographie, il n'a été question que des problèmes alimentaires. Bien que ceux-ci aient une importance fondamentale et que cette question soit loin d'être résolue, Bruno Parmentier a d'ailleurs bien insisté dessus, elle ne saurait être la seule raison des craintes que doit nous inspirer la poursuite de la croissance démographique : les problèmes du changement climatique, (présent et à venir), de la pénurie d'eau potable, de la fin programmée des énergies fossiles, de l'extinction des espèces et de la disparition des espaces naturels sont au moins aussi importants et n'ont, contrairement à l'alimentation, quasiment pas de parade.

Enfin, l'intervention de Gérard-François Dumont, affirmant que « la croissance de la population mondiale depuis 2 siècles : c'est pas les naissances », si elle est exacte sur le principe, puisqu'il n'y a effectivement pas plus de naissances par femme qu'auparavant (ce sont les décès des enfants qui ont chuté), n'aide pas à comprendre la réalité actuelle, car  elle sous entend (pour le commun des téléspectateurs) que c'est la durée de la vie à des âges avancés qui provoque la croissance démographique actuelle. Or il est bien évident que l'ajout d'un milliard d'habitants tous les 15 ans est quand même en grande partie dû au fait que des centaines de millions de femmes des pays du sud continuent à avoir au dessus de 5 enfants en moyenne...

 

Commentaire archivé

De bonnes questions — 21-01-2011 12:33

Si l'émission était plutôt centrée sur les 65 millions de français que sur le passage du seuil des 7 milliards d'êtres humains en cours d'année, il est à noter combien M.Yves Calvi est sensible au problème de la surpopulation mondiale. Toutes ses questions en fin d'émission s'y reportaient.

 

 

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